LE POINT DE VUE D'UNE FEMME SUR SES RELATIONS AMOUREUSES

5 juin 2017

TW Viol, Violences Conjugales

Aujourd’hui je parle de ma vie. Il est rare que je m’expose de la sorte, même sur mon propre blog, mais aujourd’hui c’est un témoignage qu’on me demande, alors témoignons. À la demande de la commanditaire, j’évoquerai les relations amoureuses que j’ai eues jusqu’à aujourd’hui, elles sont toutes hétéro bien que je sois bie, n’ayant jamais eu l’occasion de me déclarer à celle dont je suis tombée amoureuse par le passé.

J’ai eu une enfance qui n’était pas réellement propice au développement de relations amoureuses saines, que ce soit par l’exemple de mes parents, ou par les abus dont j’ai été victime. Je ne souhaite pas approfondir, sachez juste que ce n’étaient pas des conditions idéales.

Entre 16 et 20 ans j’ai eu des histoires « officielles » dont la plus longue à duré huit mois, des plans d’un soir et quelques relations virtuelles, donc certaines ont abouti à des rencontre, d’autres non. Je considère cette partie de ma vie comme une période d’amour et de sexualité libre dans laquelle je ne me suis jamais embarrassée de morale ni du regard d’autrui. Il y a également eu des relations toxiques, destructrices et abusives. Je fais le choix d’en parler aussi et tiens à avertir mon lectorat que ce texte contient des descriptions graphiques et explicites de violences, viols et agressions.

Mon premier copain avait 19 ans et moi 16, on se voyait tous les jours en cachette, il avait peur de mon père. J’ai fini par rompre à cause de ça.

Le second avait 21 ans, j’en avais 17. Après deux mois de relations en pointillés sous prétexte d’études à l’étranger, il m’a quittée. Ça a été court mais on parlait parfois de mariage et de famille, et en me projetant dans cet avenir je voyais la vie qui m’attendait, semblable à celle de mes parents, c'est-à-dire imprégnée de religion, messe tous les dimanches et sexualité destinée à la procréation. Je me suis toujours sentie inférieure à lui en y repensant, il ne faisait rien pour ça, mais à cette époque je croyais encore en l’Homme de la maison et la femme au foyer soumise, comme l’était le couple de mes parents.

Le troisième était un an plus jeune que moi, j’étais majeure et lui pas encore, on en plaisantait parfois. Il a passé toute notre relation à ne pas sembler croire à ce qui lui arrivait, comme si j’étais trop bien pour lui, qu’il ne croyait pas qu’un geek comme lui puisse avoir une fille comme moi. Je ne suis pas extraordinaire pourtant, mais il m’a mise d’emblée sur un piédestal. Je m’entendais très bien avec sa famille à part ça, sa mère lui faisait parfois des remarques sur la façon dont il devait se comporter avec moi (« tiens lui la porte, prend son manteau… ) et ça me faisait rire. J’ai fini par rompre mais je ne sais plus pourquoi. Je me souviens par contre avoir reçu des SMS d’insulte pendant deux jours. C’est tout de même en grande partie grâce à lui que je tiens ma passion pour les mangas et les jeux vidéos, il m’y a initiée et je n’en ai plus jamais décroché.

Avec ses trois là, il n’a jamais été question de sexualité. Les deux premiers n’ont jamais abordé le sujet ni tenté quoique ce soit. J’ai retrouvé mon premier copain quelques années plus tard sur facebook, il m’a raconté qu’à l’époque il n’avait pas osé aller plus loin parce qu’il me trouvait trop jeune et ne captait aucune demande de ma part. Je le remercie de m’avoir respectée. Pour le second c’était clair, il voulait rester vierge jusqu’au mariage.

Le troisième en a parlé quelques fois, il me demandait toujours la permission avant de me toucher dans un endroit intime, ce qui relevait à mon avis plus de la maladresse et de la peur des débuts que d’une vraie conscience des limites d’autrui mais je crois que mon consentement n’a jamais autant été respecté qu’avec cette personne. J’espère qu’il n’a pas perdu cette habitude. 

J’ai eu une aventure assez courte avec un pote entre temps, c’était juste pour le sexe. J’ai un peu culpabilisé d’avoir couché avec lui, même si c’était moi qui en avais pris l’initiative, à cause de la très forte éducation religieuse que j’ai reçue. 

À cette même époque, j’ai été agressée sexuellement par mon moniteur d’auto-école. Il profitait des leçons pour m’emmener conduire dans des endroits déserts et s’arrêtait pour me peloter ou m’embrasser. Heureusement pour moi, il n’a jamais été plus loin, j’ai toujours refusé et il n’a pas usé de violences supplémentaires pour m’y contraindre. 

Par la suite j’ai eu une relation virtuelle avec un homme beaucoup plus âgé que moi, pendant plusieurs mois. On s’est rencontré sur un jeu en ligne, ça à rapidement dérivé en cybersexe. J’ai fini par aller le rejoindre, en quittant mes études et mes parents. Je croyais sincèrement à son amour, à ce qu’il disait et à ce qu’il promettait. La première semaine ensemble a été très bien, puis il est petit à petit devenu violent. Il m’insultait, me privait de nourriture, m’a une fois enfermée seule dans la maison, et m’a violée plusieurs fois, et j’ai mis des années à mettre des mots sur ce que j’avais vécu et à reconnaitre que même si j’habitais chez lui, même si on dormait dans le même lit, quand je disais non et que je me débattait et qu’il me maintenait de force pour prendre ce qu’il voulait, ou qu’il attendait que je dorme pour se jeter sur moi, c’était des viols.

Je l’ai quitté au bout de trois mois. Il était hors de question de retourner chez mes parents, mais j’avais une tante prête à m’accueillir à l’autre bout de la France. Ce qui m’a évité de finir à la rue (bien que j’y aie dormi quelques fois).

Pendant ces quelques mois passés chez elle, je me suis mise à rejeter plus que jamais tout ce qu’on m’avait enseigné sur « l’honneur » d’arriver vierge au mariage, de se préserver pour l’homme de sa vie et de ne faire l’amour que par amour. De toute façon, je n’étais déjà plus vierge depuis le début de l’adolescence à cause des abus. 

J’avais envie d’avoir une vie libre, de me sentir libre de voir un mec juste pour passer un bon moment, et après la relation destructrice dont je venais de sortir, je n’avais plus envie de m’attacher à qui que ce soit. Avec internet, trouver un plan cul était facile et j’en ai profité, à de multiples reprises. Sans culpabilité.

La morale ne comptait plus, je me fichais de tout. Le regard des autres ne me faisait plus rien, mais j’avais tout de même la décence de ne jamais inviter mes plans culs chez ma tante. Elle se doutait tout de même bien du genre de vie que je menais et elle me réprimandait très durement. Je m'en fichais, je ne l’écoutais pas, j’avais vingt ans et j’en avais marre qu’on me dicte ma conduite. Elle a fini par me menacer de me mettre dehors et m’a donné un délai très court pour trouver un autre endroit ou habiter.

J’en ai parlé à un ami, un type avec qui je discutais sans jamais parler de sexe, le seul qui n’ai jamais exigé que je lui envoie des nudes. Il a proposé de m’héberger pendant un temps et j’ai accepté.

On a fini par tomber amoureux et c’était drôle parce qu’il sortait lui aussi d’une période très sombre avec une ex qui lui avait mené une vie infernale, et on se disait tous les deux qu’il était hors de question qu’on retombe amoureux de qui que ce soit pour un bon moment.

On a trouvé un appart ensemble assez rapidement, et il s’est produit quelque chose d’étrange. Alors que je rejetais de toutes mes forces le modèle de mes parents, il a fini par s’imposer à moi de nouveau. Je me sentais de nouveau femme au foyer soumise, lui devant obéissance et respect, tandis que j’acceptais tout de sa part, même d’être traitée comme de la merde, ce qu’il faisait parfois.
 
J’ai connu pendant quelques années un état étrange dans lequel je voulais de toutes mes forces vivre une vie de couple épanouie, ce qui signifie pour moi égalitaire et dans laquelle les deux membres sont heureux avec des valeurs communes, alors que mon inconscient reprenait de lui-même le schéma de fonctionnement de mes parents. Je suis tombée en dépression. 

Mon copain, devenu entre temps mon fiancé ne l’a pas compris. Nous avons tout de même eu un enfant, puis nous nous sommes mariés, eu un autre enfant, puis un troisième. J’allais toujours aussi mal. De son côté il allait aussi de plus en plus mal, ne comprenant pas mon mal-être, ne faisant non plus aucun effort pour comprendre. Pour lui les choses étaient claires, il allait travailler et devait retrouver la maison reluisante à son retour, ses vêtements lavés et repassés, ses enfants propres, ayant mangés et étant sur le point d’aller se coucher.

Ma dépression et les grossesses rapprochées avaient entrainés des soucis de santé, je ne pouvais plus rien assurer ou presque, juste le minimum. Je lui demandais de l’aide, il refusait à chaque fois, parfois en devenant violent.

Tout s’est arrêté peu après la naissance de ma troisième enfant, il a levé la main sur moi, c’était la première fois. On m’avait toujours répété « si un homme te frappe, pars tout de suite ». Ma mère m’avait raconté de nombreuses fois comment sa propre mère s’était retrouvée inconsciente sur le sol après s’être faite frapper par son petit ami, j’étais avertie, je le savais.

Une assistante sociale a fini par intervenir.

Les choses ont changé après ça. L’assistante sociale venait à la maison toutes les semaines, j’ai eu de l’aide, du soutien et une thérapie de couple s’est mise en place. Les autorités ont averti mon mari qu’à la prochaine plainte de ma part, ils pourraient lui retirer les enfants, et de mon côté je l’ai menacé, à la prochaine crise de sa part, je le foutais dehors. Ça l’a beaucoup calmé. Il a décidé d’aller consulter pour son problème de violence.

Après cet épisode très sombre, j’ai enfin pu commencer à assumer mes désirs d’un couple égalitaire et à faire tout pour que ça fonctionne. J’étais suivi par une psy qui m’a aidée à comprendre pourquoi j’étais tellement prisonnière de l’image du couple de mes parents et petit à petit à commencer à m’en défaire. Ça a été un travail très long, autant mental que physique car j’ai aussi vidé ma maison de toutes les vieilles affaires de mes parents. 

Mon couple est devenu plus sain, beaucoup plus égalitaire. Nous avons mis une règle en place, s’il y a quelque chose à faire le premier qui est dispo ou qui a envie le fait.

Notre sexualité qui avait toujours été très traditionnelle a aussi changé, elle laisse désormais plus de place au plaisir féminin et à l’inventivité.

Nos rapports actuels sont plutôt fusionnels, on est un couple mais aussi : meilleurs amis, partenaires de jeu (vidéo, puisqu’on partage cette passion), très complices, égalitaires dans les tâches ménagères et le soin des enfants.

Ce n’est pas parfait bien sur, mais ça tend de plus en plus vers l’idéal auquel on aspire tous les deux.

Le témoignage a été écrit par Erulelya. 
Photo by Anya Holdstock. 

3 commentaires

  1. Je suis vraiment triste que tu ais du subir autant de violences dans ta vie, physiques ou morales.... Tu as fini par trouver la force de chercher de l'aide, je suis contente pour toi que ta vie devienne maintenant plus équilibrée en tout cas. Merci pour ton témoignage, ce n'est jamais facile de se dévoiler ainsi, mais je trouve ça important aussi, pour que les personnes dans la même situation comprennent qu'elles ne sont pas seules et qu'elles/ils peuvent trouver de l'aide quelque part.

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  2. Ce n'est pas la première fois que je lis l'un de tes articles mais celui-là me touche plus que les autres.

    J'ai aussi été victime de violences conjugales, physiques et psychologiques, pendant deux ans, de mes 19 à 21 ans.
    Autant j'avais conscience de violences psychologiques que j'avais reçues, autant physiquement ... Il m'a fallu 4 ans pour vraiment m'en rendre compte, mettre des mots dessus et accepter les viols. Ca m'a libérée d'un poids énorme, étonnamment.

    Merci pour ce témoignage précieux. Pas toujours facile de se dévoiler de la sorte, mais ça fait du bien. A soi, et aux autres.

    Comment t'es-tu rendue compte que tu reproduisais le schéma de tes parents inconsciemment ? Comment as-tu réussi à enrayer tout ça ?

    Belle soirée,

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  3. Salut et merci pour ton retour, je suis touchée de recevoir des mots tels que les tiens^^ Je suis touchée de savoir que mon vécu peut aider d'autres femmes :)

    Pour te répondre, il a fallu quelques mois de suivi psychologique pour amorcer une prise de conscience et me rendre compte à quel point mes parents parasitaient ma vie, de multiples façons. Je crois que le voir à été le plus dur, et le reste à été un travail de longue haleine pour déconstruire tout un tas de mécanismes et apprendre à penser/vivre autrement.

    Belle soirée à toi aussi et prend soin de toi :)

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